
Dans un contexte mondial d’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre, de menaces d’extinction d’espèces entières, d’épuisement de matières premières non renouvelables, de généralisation des inégalités entre pays et à l’intérieur des pays, d’urbanisation accélérée au détriment des zones rurales, est apparue le concept d’ »empreinte écologique »
Parallèlement, l’explosion des prix du pétrole et des énergies fossiles associées, l’augmentation généralisée des distances domicile-travail (et le « mitage » urbain qui en est la cause principale), les problèmes de santé publique liés aux déplacements routiers et à l’engorgement des villes, ont fait apparaître la nécessité de « repenser » l’urbanisme et la mobilité.
Les « révoltes des banlieues » récurrentes, la discrimination et la ghettoïsation de certaines populations, l’apparition d’une classe de « nouveaux pauvres » (salariés ou non), les difficultés liées à la baisse du pouvoir d’achat associées à la hausse simultanée des prix alimentaires, des logements et des loyers, ont fait apparaître la nécessité de « décloisonner » les catégories sociales.
La possibilité de décentraliser la production d’énergie thermique et électrique en utilisant des énergies alternatives, les économies générées par une nouvelle conception des constructions, l’utilisation de nouveaux matériaux et l’adoption d’autres comportements, de nouvelles normes d’excellence (HQE, THPE, etc…) permettent dès à présent la mise en chantier de bâtiments « basse consommation » voire « à énergie positive ».
Les « éco-quartiers » encore appelés « quartiers durables » ont l’ambition de répondre à l’ensemble de ces préoccupations à la fois sociales, économiques, environnementales et politiques en les abordant en terme « d’approche globale », donc forcément de manière pluridisciplinaire.
L’un des plus connus (et des plus anciens) éco-quartiers est celui de BeZed (Beddington Zero Energy (fossil) Development), au Royaume Uni. Bâti sur un ancien site houiller de 1,7 ha, BedZED rassemble une variété de lieux : 82 logements, 2 500 m2 de bureaux et commerces mais aussi un espace communautaire, une salle de spectacles, des espaces verts publics et privés, un centre médicosocial, un complexe sportif, une crèche, un café et un restaurant.
Loin d'être réservé à une élite piquée d'écologie, BedZED affiche aussi un « patchwork » social. Pour plus d’information, voir le site : www.bedzed.org.uk Depuis, d’autres quartiers durables ont fleuri en Europe :
• Bo01 à Malmö, en Suède
• Hammarby Sjöstad à Stockholm, en Suède
• Vesterbro à Copenhague, au Danemark
• Vauban à Fribourg, en Allemagne
• Kronsberg à Hanovre, en Allemagne
Ainsi que Leidsche Rijn à Utrecht, Fornebu à Oslo, Vikki à Helsinki et Pankow à Berlin, …..
Au niveau mondial les projets ne manquent pas non plus….. jusqu’à atteindre des niveaux de plusieurs dizaines de milliers d’habitants (« Mountain View » en Californie, “Ecotowns” au Royaume Uni, « Dongtan » en Chine, dont s’est inspiré le « rapport Attali » en France pour préconiser les Ecopolis) qui posent question quant au risque d’étalement urbain et de construction d’infrastructures routières…… ce qui va à l’encontre des objectifs poursuivis par le concept même d’éco-quartier !
La France, longtemps en retard dans cette affaire, sous l’impulsion des collectivités locales et territoriales, rattrape son handicap à marches forcées….. en ayant l’intelligence d’essayer de tirer profit des expériences européennes antérieures, ce qui peut aboutir en finale à des mises en œuvre intéressantes.
Les projets français en cours de réalisation sont détaillés sous forme de fiches sur le site du Ministère de développement Durable http://www.ecoquartiers.developpement-durable.gouv.fr/
Les élections municipales récentes ont aussi vu nombre d’éco-quartiers intégrés dans les programmes des candidats. Combien seront réalisés ? Ce sera intéressant de le savoir…. D’autant plus que ces mêmes équipes ne sont pas forcément au point quant aux principes à respecter, aux conditions de la réussite et aux performances à atteindre…. ce que nous allons essayer de vous faire partager ci-dessous :
Quels principes guident l’ensemble de ces projets et doivent constituer autant de repères de différentiation par rapport à d’autres réalisations (« lotissement écologique » par exemple) ?
1) La volonté de mixité sociale
Chaque quartier doit être considéré comme un écosystème social qui assimile différentes
catégories d'individus, de modes de vie, d'activités ou de cultures.
En ce qui concerne les logements, une répartition optimale consiste à offrir à la fois des logements locatifs, des logements en accession à la propriété, des logements en accession libre, une ou plusieurs structures dédiées (personnes âgées, personnes handicapées, etc…) :
. présentant une qualité architecturale de même niveau d’excellence
. mais avec une typologie diversifiée (collectifs, individuels groupés, intermédiaires)
La volonté de favoriser la mixité doit aussi se traduire concrètement par la création de lieux conçus pour favoriser la rencontre entre habitants : place, parvis, aire de jeux, local d’animation, etc….
2) La nécessaire mixité fonctionnelle
Selon cette notion d'écologie humaine, le quartier doit pouvoir offrir des services et des infrastructures de base accessibles à tous et doit pouvoir, par ailleurs, s'adapter à des aspirations et à des contraintes sociales en perpétuelle mutation.
Des commerces (en particulier des « magasins de vente directe de produits agricoles »), de l’artisanat, des entreprises, des services publics et privés, des activités d’accompagnement et d’animation doivent faire partie intégrante de la conception même d’éco-quartier : il n’y a pas de mixité sociale sans mixité fonctionnelle.
3) La participation citoyenne
Au-delà du traitement des thématiques environnementales, économiques et sociologiques, la réussite de l'aménagement de ces quartiers repose également sur l’indispensable participation de tous les acteurs de l’éco-quartier.
En effet, la participation, l'information et la formation de tous sont indispensables pour que les principes du développement durable soient bien compris et appliqués.
En particulier,
- il est important d’inciter les entreprises installées à adhérer à la démarche d’éco-quartier dans un esprit d’éco-citoyenneté et d’exemplarité : démarches de management environnemental, plans de déplacement d’entreprise, …..
- les habitants et les gestionnaires des logements, mais aussi les acteurs économiques, devront être informés des dispositifs environnementaux du quartier et des « gestes verts » à intégrer.
- Organisation de réunions d’information de tous les acteurs…… et cela très en amont du projet, le plus tôt possible
- Sensibilisation environnementale individualisée sur site, logement par logement, structure par structure, afin d’expliquer aux futurs habitants le fonctionnement et les dispositions environnementales.
Il convient également dès la phase d’étude de réfléchir sur le long terme à l’efficacité d’une mise en place de dispositifs permanents de participation qui permettront de pérenniser dans le temps la démarche d’éco-quartier et de la partager avec les nouveaux arrivants.
L’objectif est de favoriser chez tous les résidents de l’éco-quartier l’émergence d’un mode de vie éco-citoyen, et d’optimiser en termes d’amélioration continue les performances environnementales des équipements et bâtiments du quartier.
En particulier, la question : « QUELLE structure (association bénévole de quartier ou permanent(s) salarié(s) va se charger de cette pérennisation dans le temps ? » doit être résolue…
Ce sont ces trois premiers éléments : mixité sociale, mixité fonctionnelle et participation citoyenne qui distinguent les éco-quartiers de toutes les autres réalisations, fussent elles écologiques.
4) La densité
Une conception environnementale durable s'appuie sur des notions de ville “courtes
distances” ou ville “compacte”.
Ce modèle suppose une utilisation plus efficace des sols qui s'appuie sur la recherche d'un équilibre entre le logement, l'emploi, les équipements de service et la promotion de la mobilité intermodale : marche, vélo, transports publics.
La traduction directe en est une série d'avantages économiques et sociaux. La réduction drastique du trafic automobile au profit des déplacements doux et des transports en commun est une des composantes de ces quartiers qui privilégie l'économie d'espaces et améliore qualitativement la vie au sein des îlots.
Il s’agit en somme de valoriser l’espace plutôt que l’exploiter
5) La réduction de « l’empreinte écologique »
Développée au début des années 1990 par William Rees et Mathis Wackernagel, l’empreinte écologique mesure la surface biologiquement productive nécessaire pour produire les ressources consommées par une population donnée (individu, ménage, commune, région, pays, humanité dans son ensemble), et absorber les déchets qu’elle produit.
Cette surface est comparée à la surface productive effectivement disponible (biocapacité), ce qui permet d’estimer si les limites naturelles sont dépassées ou non.
Il faut savoir qu’actuellement l’empreinte écologique de l’humanité est supérieure de 20 % à la biocapacité de la planète !
Autrement dit notre génération actuelle vit « à crédit », à la fois sur le dos de ses propres enfants et sur celui d’autres pays (qu’elle maintient « de force » dans un état de déficit écologique et économique permanent).
Par exemple, l’empreinte écologique de la France (5,6 hectares par personne) dépasse sa capacité biologique nationale (3,0 hectares par personne).
C’est donc un DEVOIR des collectivités, mais aussi de toutes les parties prenantes (aménageurs, promoteurs, lotisseurs, constructeurs, entreprises) de chercher à réduire cette empreinte écologique de toutes les manières possibles.
Dans un éco-quartier, quels sont les modes d’action qui sont privilégiés :
- les technologies relatives au bâtiment : orientation, matériaux, enveloppe, isolation, aération,….
- les technologies relatives à l’énergie : énergies renouvelables intégrées, réseaux de chaleur,
- l’optimisation des flux : les déchets (prévention, recyclage, compostage), l’eau (gestion des eaux pluviales, récupération, évacuation, imperméabilisation, assainissement, ….)
- l’optimisation des déplacements : stationnement, modes de déplacements « doux », auto-partage, accessibilité et fréquence des transports en commun, etc….
- le comportement des résidents : éviter le gaspillage à tous les niveaux, intégrer les économies d’énergie et de matières dans les actes quotidiens, trier et recycler
6) L’aspect paysager
Il est important de faire en sorte que le quartier soit attrayant, qu’il « donne envie » d’y vivre et d’y maintenir une qualité de vie :
- Créer une « Mise en scène » de l’eau : bassins, fontaines, jardins d’eau, ….
- Créer des « maillages verts » intégrant différentes espèces végétales et privilégiant les espèces locales
- Créer des « continuités vertes » : squares, grandes pelouses, rues piétonnes, noues, etc…. en y intégrant aussi les espaces verts privatifs tels que jardins, toitures végétalisées…,
Du « quartier durable » au « quartier désirable » il y a plus qu’un pas, il y a une volonté de tous, du politique à l’habitant en passant par les concepteurs, les entrepreneurs et les animateurs.
IMPLICATION REGIONALE ET LOCALE DU NORD PAS DE CALAIS
Le Nord Pas de Calais n’est pas en reste de toutes ces évolutions. Il est difficile de tout citer dans cet article, et le site du Ministère ne présente aucun projet pilote ( ???). Et pourtant sur Douai, le « quartier du Raquet », donne un bon exemple de typologie de constructions diversifiées …… !! Pour plus d'informations à ce sujet, cliquer sur : http://ledouaisis.free.fr/raquet.php?page=100.
Je me suis informé au niveau de Lille Métropole Communauté Urbaine –(LMCU), là où je réside, quant aux projets qui doivent voir le jour :
- une dizaine ont dores et déjà leur « chargé de mission LMCU » qui va les accompagner d’un bout à l’autre : « Les Rives de la Haute Deule » à Lille (Parc EuraTechnologies »), « Tournebride » à Capinghem (Armentiérois), « La Zone de l’Union » (Roubaix-Tourcoing-Wattrelos), « Le Nouveau Mons » (Mons-en-Baroeul), « Quartier Vauban » à Lille, « La Cessoie » à Lambersart, « Le Quartier Sainte Marguerite » à Comines, « Le Site du Vieux Canal » à Haubourdin, « La Zac de la Porte de Valenciennes » à Lille, des réhabilitations de friche (« Friche Moslay », friche « FCB »), etc….
- des outils ont été mis à disposition de l’ensemble des parties prenantes de ces projets : . une « Charte des Eco-Quartiers » qui, en plus de respecter tous les principes généraux énoncés ci-dessus, en approfondit la démarche, les repères méthodologiques et techniques, et indique les niveaux d’excellence à atteindre dans tous les domaines.
. un « cahier méthodologique » qui approfondit toutes les étapes du projet
. les exemples détaillés et imagés des réalisations européennes citées plus haut
- les aides qui peuvent être obtenues pour les études, l’assistance à maîtrise d’ouvrage, les surcoûts d’investissements, voire la sensibilisation-formation-animation auprès des habitants, en respectant certains niveaux de performance énergétique des bâtiments
- des ambitions sont clairement affichées :
. « Les Rives de la Haute Deule » sont une opération-pilote qui doit servir de test à un futur référentiel sur l’Aménagement urbain labellisé « Développement Durable ». Une « Charte d’objectifs »spécifique a d’ailleurs été élaborée. Pour en savoir plus, cliquez ICI
. l’association « HQE » sera associée à nombre de ces opérations : en collaboration avec l’AFNOR, des normes sont en cours de formalisation afin de labelliser les démarches dans les secteurs individuel, collectif et tertiaire.
. LMCU a également en projet de créer un véritable « label éco-quartier » qui pourra servir de référence nationale….
Il convient cependant de noter que pour l’instant aucun bâtiment n’est encore sorti de terre : les 2 projets les plus avancés (« Les Rives de la Haute Deule » et « Tournebride ») en sont au « plan masse », les autres au stade des études.
En moyenne, il faudra compter plusieurs années de pouvoir analyser une opération complètement achevée (voire 15 à 20 ans pour le bouclage complet de projets importants)
Il sera intéressant de s’intéresser à un ou deux projets précis, de les suivre dans le temps pendant toutes ces années, de les comparer et d’en tirer des conclusions…..
Pour terminer, je voudrais militer pour une cause dont on ne parle pas, ou peu : les éco-quartiers ruraux. Tous les projets connus jusqu’ici portent soit sur des quartiers de ville réhabilités ou en extension, soit sur des lotissements écologiques.
Je voudrais porter au nom des Amis de la Terre les bénéfices qui peuvent être tirés de l’extension de ce concept aux zones rurales :
- toutes les valeurs, la démarche, les performances (en particulier énergétiques) peuvent être portées par les équipes municipales en place, pourvu qu’elles puissent bénéficier du même accompagnement et des mêmes aides financières que les grands projets urbains
- l’éco-quartier, dans sa dimension sociale, permet aux équipes en place de participer à l’offre de logements sociaux, au titre de la solidarité nationale, alors même qu’ils n’y sont pas tenus légalement.
- la réduction de l’empreinte écologique, dans toute sa dimension solidaire, prend d’autant plus de sens que les terrains agricoles, dans l’optique volontariste d’une agriculture « durable » plutôt que « raisonnée », deviennent un bien précieux qu’il convient de préserver du « tout béton »
- en augmentant la densité de construction (donc le nombre de résidents), en implantant des entreprises et des services (dont, encore une fois, l’auto-partage !), il est ainsi possible de présenter une alternative à l’incohérence des décisions d’aménagement du territoire et à la désertification rurale : maintien des résidents, des écoles, des services publics, image d’innovation, de dynamisme et aussi de solidarité sociale.
