mercredi 12 mars 2008

ALIMENTATION


MONSANTO

Chaîne ARTE – 11/03/2008, 21 h- Documentaire « Le monde selon Monsanto » de Marie Monique ROBIN
http://www.arte.tv/fr/LemondeselonMonsanto/1930194.html

Beaucoup de réseaux, sur Internet, avaient recommandé la projection de ce documentaire-évènement, et effectivement c’était édifiant !

Qu’est ce qui me vient à l’esprit après l’avoir visionné :

- tous ces témoignages, du fermier américain au paysan brésilien, des lanceurs d’alerte aux scientifiques « intégrés » par les grandes firmes, des hommes politiques aux consommateurs,

- toutes ces images d’hommes et de femmes, de produits agricoles et de paysages variés, associés à celles des laboratoires et de leur matériel, des bidons et des pulvérisations (rampes et avions) de pesticides, des conséquences sociales et environnementales de l’utilisation des OGM sur plusieurs années,

- et aussi ce débat où un syndicaliste (J. Bové), un chercheur « lanceur d’alerte » (Ch. Velot) et une députée européenne (Dr R. Sommer) ont énoncé leurs arguments ???

De multiples sentiments, en fait, que je vous donne en vrac :

- la tricherie :
. vis-à-vis du consommateur, que l’on prend comme cobaye alimentaire sans son assentiment (comme aux Etats-Unis, où il est interdit de mentionner « OGM » sur les emballages), ou que l’on trope par des affirmations mensongères de type « biodégradable »
. vis-à-vis de l’agriculteur, qui se retrouve ligoté à une technologie complète (semences brevetées + engrais obligatoire + fongicides obligatoires à doses croissantes au fil du temps) et peut finir acculé à la ruine
. vis-à-vis du citoyen à qui on fait croire que les autorités sanitaires, alimentaires et politiques, ont effectué les contrôles garantissant l’innocuité de la mise sur le marché
. vis-à-vis des générations futures que l’on place devant l’irréversibilité de la contamination des semences OGM et la disparition de la biodiversité des semences

- le manque d’éthique :
. Monsanto représente le modèle de dérive du mode de développement à la fois économique et sociétal qui sévit depuis une vingtaine d’années : tous les coups sont permis pourvu qu’on atteigne la maximisation sans fin du profit
. la manipulation des données scientifiques ou la dissimulation de résultats non conformes
. la publicité mensongère vis-à-vis du public, aussi bien dans les affirmations concernant le produit que dans la confusion entretenue entre les recherches à caractère médical (qui ne peut qu’être favorisée, à condition d’être confinée) et les recherches à caractère alimentaire
. les soupçons de dissémination volontaire de semences OGM dans les champs de pays ayant refusé ceux-ci, les plaçant ainsi devant le fait accompli
. le recours à des méthodes discutables pour protéger à tout prix leurs brevets ou faire taire les opposants et les « lanceurs d’alerte »

- la puissance, aussi :
. la puissance marketing et commerciale, établissant un quasi-monopole sur certains produits d’alimentation humaine et animale
. la puissance financière, avec le rachat systématique de semenciers et d’industries agro-alimentaires, dont on peut se demander s’il n’y a pas une volonté afin de contrôler à terme la majorité de l’alimentation planétaire
. la pénétration du milieu politique, particulièrement américain, mais en fait sur tous les continents (même l’Europe a bien du mal à résister !) et les allers-retours dans les instances gouvernementales les plus influentes
. les armées de scientifiques à leur service, prompts à entretenir les citoyens- consommateurs dans l’illusion que la science pourrait tout résoudre pourvu qu’on lui en donne les moyens (ce qu’on appelle le « scientisme ») et prompts aussi à contrer les « lanceurs d’alerte », généralement des chercheurs, qui médiatisent leurs désaccords.

- l’impunité :
. il est incroyable que les responsables de la firme n’aient jamais été inquiétés pour leurs agissements, que l’on peut qualifier de criminels, par exemple lorsqu’on fait le bilan de l’intoxication par les PCB qu’a subie la ville d’Aniston, aux Etats-Unis.
. il est incroyable que l’on continue encore aujourd’hui à admettre de cette firme un manque de transparence total sur les essais qu’elle effectue, compte tenu de son historique.
C’est toujours un parcours du combattant incroyable pour obtenir des informations, et de toute façon il est impossible d’accéder aux données-source.
. il est incroyable aussi que les fonctionnaires de la FDA (Food and Drug Administration) n’aient jamais été inquiétés pour avoir osé affirmer « qu’il n’y avait aucune différence entre les plantes OGM et les plantes croisées de façon classique », donnant ainsi naissance à une législation laxiste qui s’est imposée sur toute la planète.
Je comprends maintenant d’où vient ce fameux principe « d’équivalence en substance » dont se prévalent en particulier les Etats-Unis, le Canada et l’Argentine qui ont traîné en Mai 2003 l’Europe devant l’instance de justice de l’OMC (l’ORD) pour lui imposer d’autoriser l’importation des semences OGM (1)

- et enfin, la honte :
Je dois dire que je suis HONTEUX que les politiques aient encore une fois fait prévaloir des intérêts particuliers sur l’intérêt général et sur celui des générations futures. Une fois de plus, la POLITIQUE ne sort pas grandie de cette enquête-coup-de-poing, et pourtant c’est bien d’une nouvelle éthique dont le monde a besoin.
Par ricochet, je ne suis pas fier des sénateurs de mon pays (il est vrai que ces gens, n’étant pas élus au suffrage direct se sont permis d’être seulement 20 à assister à l’ensemble des débats !) car ils ont entre autres « légalisé » la contamination de l’ensemble des cultures et dégagé la responsabilité des producteurs et des semenciers…. dont Monsanto, par avance. Pour un résumé complet, voir l’article de Corinne Lepage sur le site de CAP 21 : http://www.cap21.net/dynamic/compress.php?cp=756

Alors, que faire ? Quelques pistes :
- dénoncer autour de soi l’hégémonie de cette firme et sa collusion avec les politiques
- soutenir l’agriculture durable, paysanne et biologique : les consommateurs n’ont pas assez conscience de la puissance qu’ils ont de par leur choix d’achats
- soutenir les « lanceurs d’alerte » et les « faucheurs » : loin d’être des inciviques, ces personnes sont des « ouvreurs de conscience » (comme il a été dit pendant le débat qui a suivi le documentaire). En particulier, voir le site http://sciencescitoyennes.org/spip.php?rubrique117 pour soutenir Christian Velot, participant au débat.
- soutenir la campagne « OGM, j’en veux pas, ni dans mon assiette, ni dans les champs » et interpeller les parlementaires avant le vote de la loi, prévu pour Avril 2008 : voir le site http://www.ogmdangers.org/
- « Décider du monde que l’on veut » c’est aussi obliger la science à devenir plus démocratique, plus proche des citoyens en refusant de les mettre devant le fait accompli

Bref, RESTER CRITIQUE, RESISTER et INFLECHIR par ses choix personnels et collectifs ce qui peut sembler inéluctable face à cette (ces) puissance(s).


(1) Il faut savoir que, suite à un recours légal des Amis de la Terre, la Commission Européenne a été obligée de publier en, 2006 de nouveaux documents qui éclairent les faits d’une manière nouvelle. En effet, pendant que la Commission tenait un discours pro-OGM à ses Etats membres et à leurs citoyens, elle affirmait au sein de l’OMC, dans le litige en cours, que :
- de sérieux doutes scientifiques existaient quant à la sûreté des aliments et des cultures OGM
- de nouveaux risques complexes étaient en train d’apparaître
- les risques sur la santé humaine et animale ne pouvaient être exclus
- de graves inquiétudes subsistaient quant à la sûreté environnementale dans le cadre des cultures OGM
- les risques environnementaux liés aux OGM variaient en fonction de chaque Région et de son environnement
- les entreprises biotechnologiques avaient fourni des dossiers et des recherches de mauvaise qualité
- la Commission était très réservée concernant les évaluations des risques effectuées par l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments

(source : Rapport « Commission Européenne et OGM, les doutes qu’on nous cache-Révélations sur les réserves de la Commission européenne concernant les OGM » - Rapport réalisé en Avril 2006 par les Amis de la Terre Europe et Greenpeace)

A ma connaissance, entre avril 2006 et Mars 2008, les doutes n’ont fait qu’empirer, les remises en cause par des scientifiques de renom se sont multiplées….
Alors, comment peut on avoir un tel « double langage » ?
.D’un côté on rassure le citoyen en lui assurant qu’on le défend devant l’OMC (plus de 80 % des européens ne veulent pas des OGM)
. De l’autre on rassure aussi les firmes multinationales en autorisant certaines cultures !

1 commentaire:

Anonyme a dit…

C'est révoltant, vous avez raison