
Manifestation anti-OGM – Lille le 29 Mars 2008 -
Ci-contre les 4 faucheurs (le premier, à partir de la gauche, malheureusement hors-cadre) qui devront comparaître, comme les 54 autres, les 8 et 9 Avril, au Tribunal de Chartres, pour avoir détruit une parcelle de maïs génétiquement modifié le 18 Août 2007, à Poinville (Eure-et-Loir).
Ce sont des gens courageux, et leur prise de parole a été très applaudie.
J'y étais, avec 6 autres membres des Amis de la Terre-Nord, afin de faire en sorte que la voix des citoyens, majoritairement opposés à la culture des OGM en plein champ et à leur commercialisation, soit entendue des députés, lors du vote de la loi le 1er Avril 2008.
Le fait d'avoir relégué la société civile, présente dans le Haut Conseil des Biotechnologies, au rang de simple producteur de « recommandations », laissant le Comité Scientifique seul émetteur d'avis autorisé, nous contraint une fois de plus à « battre le pavé » pour nous faire entendre. Mais où est donc l'esprit du Grenelle ?
Je voudrais à l'occasion de cette manifestation vous faire part de quelques réflexions :
On nous qualifie (nous les organisations écologistes, ainsi que les faucheurs volontaires) souvent de « rétrogrades », réfractaires au « progrès ».
Mais à quoi sert le progrès ?
Si c'est pour bâtir un monde dominé par la « science toute puissante » (le scientisme) par la mainmise sur l'alimentation humaine par quelques firmes transnationales, par la concentration des produits chimiques de synthèse dans l'air, l'eau et la terre, alors nous n'en voulons pas. Nous n'en voulons pas nos plus pour nos enfants car ce monde-là possède une caractéristique bien particulière : il n'est plus réversible à l'échelle d'une vie humaine.
Personne ne sait jusqu'où et jusque quand la contamination des cultures par les OGM peut proliférer, ni l'action à long terme de ces gènes modifiés, dans le corps humain. Les scientifiques ont en réalité « perdu le contrôle ».
Nous constatons de plus que les semences OGM non seulement ne suppriment pas les « produits phyto sanitaires »( les pesticides !) mais systématiquement en augmentent l'utilisation au bout d'un certain temps.
Personne ne connaît plus les interactions d'une molécule chimique avec les quelques 100 000 qui existent déjà dans notre environnement. Il est actuellement impossible de fournir une évaluation générale de ces interactions !
Personne ne connaît non plus les effets à long terme dans le corps humain des nano-aliments, ces nouveaux matériaux à l'échelle de l'atome, que l'on est en train d'introduire dans nos aliments, à notre insu.
Nous constatons seulement la prolifération des maladies cancérigènes et des cas d'infertilité... sans même que l'on puisse l'attribuer maintenant à un facteur précis.
Nous constatons aussi que, dans le domaine agricole et alimentaire, ce ne sont ni les agriculteurs ni les consommateurs qui bénéficient de ce soi-disant progrès, mais principalement les semenciers, les industries chimiques et agro-alimentaires et tous les intermédiaires.
Nous constatons aussi que le fameux principe «d'équivalence en substance» qui « interdit d'interdire » la vente d'un produit OGM par rapport à un produit semblable aux yeux du consommateur, n'est fondé sur aucune justification scientifique.
Le consommateur, justement, n'a aucune considération des pouvoirs publics, ce qui est un comble : celui-ci est considéré comme un cobaye, on introduit des substances chimiques, des gènes modifiés ou des nano-particules dans son alimentation, sans lui donner l'assurance d'une inocuité maximale, comme on le fait pour les médicaments.
Nous constatons que le principe de la concurrence loyale et non faussée n'est pas respecté : les aides à l'agriculture durable ou biologique ne sont pas comparables à celles de l'agriculture « raisonnée », toute la recherche est orientée vers les biotechnologies, très peu vers l'agronomie.
Nous constatons que la fuite en avant qu'on nous annonce : des OGM qui résisteront à la fois à la sécheresse, à la salinité des sols, à plusieurs maladies ou à plusieurs insectes .... est du domaine des « utopies technologiques » et ne mène à rien.
Et pourtant, d'autres scientifiques nous disent qu'il faudra que l'agriculture s'adapte aux changements climatiques, qui seront sans aucun doute importants parce que très rapides. Et que la solution réside dans la diversité des semences à adapter à la diversité des terroirs et des situations, pas dans des manipulations du vivant!
Nous voulons réintroduire de l'intelligence, du bon sens, de l'Humanisme (au sens de l'espèce humaine dans le respect des autres espèces et de son environnement) et proposer des alternatives en prolongement de la recherche agronomique, des bonnes pratiques actuelles et des protocoles techniques adaptés aux changements qui viennent.
En ces sens, nous sommes des PROGRESSISTES..... qui doivent aussi prendre la posture de RESISTANTS à ce mode de développement qui dérive depuis maintenant plusieurs décennies.
Ce n'est pas la planète que nous défendons, mais l'espèce humaine..... à travers ce qu'elle a de plus précieux : sa santé..... et donc une alimentation SAINE et VARIEE.
Mais, en complément des pouvoirs publics, il faut aussi convenir que les consommateurs doivent changer : on ne peut pas exiger qu'un produit ait la même apparence s'il est traité sans pesticides et sans OGM. La « beauté » a un prix trop important. Mieux vaut le goût et les calories, dans une vraie variété.
Il faut aussi comprendre que l'agriculteur doit recevoir la juste rémunération de son travail... et qu'il faut par conséquent gérer autrement la manière de s'approvisionner..... et son porte-monnaie.


